Avenir
A un moment donné dans le futur, le monde prendra conscience du
danger de la déplétion du pétrole et essayera de
faire quelquechose. La question fondamentale est quand?

Un Futur Optimiste
D'un point de vue optimiste, le monde deviendrait soudain conscient
de la déplétion, à l'image de ce qui s'est passé pour
le réchauffement du climat, longtemps ignoré et sur toutes
les langues du jour au lendemain dans les années 1990. Il suffirait
d'un politicien ou d'un scientifique influent pour créer un
effet boule de neige. Une fois les gens conscients du problème,
les gouvernements auraient la légitimité pour décréter
des lois pour les économies d'énergies, et des traités
seraient signés entre les pays producteurs et consommateurs
de pétrole pour prévenir des guerres d'approvisionnement.
Des stratégies de diminution de la population devront être
mises en place pour réduire la demande d'énergie et de
nourriture, dépassant les sensibilités religieuse sur la
contraception et l'avortement. Notre mode de vie devra changer (voir
tableau F1), mais les menaces seront tellement graves que nous seront
forcés de le faire. Finalement, une population humaine réduite émergera
(estimée à deux milliards d'individus) et plus stable.

Un Futur Pessimiste
Le monde continue son chemin prodigue, aveugle, ignorant les signes
précurseurs jusqu'à ce que le déclin soit bien entamé et
impossible à ignorer. Ce sera alors la panique et les pays vont
tenter désespérément de sécuriser le pétrole
restant pour leurs propres besoins, dans une stratégie nationaliste
plutôt qu'une politique mondiale de survie. Des guerres éclateront
entre les ennemis, et des barrières douanières s'élèveront
entre les « amis », dans une tentative des sociétés
de repousser l'inéluctable changement et de prolonger le monde
actuel le plus longtemps possible.
Les guerres, famines, pénuries et migrations de masse détruiront
notre société industrielle complexe, jusqu'à ce
que nous nous retrouvions avec une population estimée à deux
milliards ou moins d'individus organisés en société médiévale
(ou pire).
L'Exemple de la Couche d'Ozone
L'exemple du trou dans la couche d'ozone et la réponse des gouvernements
est un bon exemple de ce que nous pouvons faire et devrons faire pour
combattre la déplétion. C'est aussi un exemple d'un des
plus grands obstacles.
L'ozone est une forme d'oxygène qui se situe dans la haute atmosphère
et nous protége des dangereux rayons ultraviolets du soleil. Malheureusement
cette couche est détruite par les CFC, un composé qui était
largement utilisé au siècle dernier, par exemple dans les
réfrigérateurs, les aérosols, la fabrication de
mousses et d' extincteurs. Personne n'était conscient des dommages
jusqu'en 1974, quand deux publications scientifiques ont démontré que
les atomes de chlore détruisaient les atomes d'ozone; les CFC
se dispersaient toujours dans atmosphère et relâchaient
des atomes de chlore. Les communautés scientifiques et environnementales
ont commencé à faire pression pour arrêter la fabrication
de CFC mais l'industrie naturellement résistait au changement.
En 1978 les CFC ont été interdits comme agent propulseur
pour les aérosols aux USA, mais cela n'a eu qu'un effet modéré sur
le reste du monde.
En 1984 le « trou » dans la couche d'ozone à été découvert
au-dessus de l'Antarctique et des photos effrayantes ont été publiées.
Cela a créé une nouvelle impulsion pour arrêter les
CFC et, en 1987, le Protocole de Montréal a amené le premier
accord mondial de réduction de ces composants (bien que la plus
part des pays du tiers monde ne l'aient pas signé). Finalement,
plus les preuves des dommages grandissaient, une réunion à Londres
entre 92 gouvernements à débouché sur la suppression
progressive de tous les CFC et d'autres produits chimiques dangereux.
La couche d'ozone est toujours endommagée en raison du décalage
dans atmosphère mais au moins nous sommes sur le bon chemin.
Ceci
est un exemple de comment nous pourrons faire face à la déplétion.
Les gouvernements peuvent agir ensemble quand ils ont en l'envie, les
puissantes industries peuvent changer, des alternatives peuvent être
trouvées. Mais la mauvaise nouvelle de l'histoire de l'ozone est
sa durée. Il a fallu 13 ans entre le premier article scientifique
et le Protocole de Montréal. Il faudra environ une génération
pour arrêter complètement la production des CFC. Il faudra
plus d'un siècle pour éliminer le chlore de l'atmosphère.
Actuellement, la majorité du monde n'est pas conscient de la déplétion
du pétrole. Il pourrait déjà être trop tard.
S'il faut 30 ans pour commencer à faire quelquechose contre le
déclin du pétrole, il n'y a que peu d'espoir.
Ma Vision du Proche Futur (prochaines 50 années)
Je suis personnellement pessimiste et j'ai de la peine à croire
que les gouvernements prendrons les mesures nécessaires à temps.
Considérez les preuves et la conscience que nous avons du réchauffement
climatique (qui est un phénomène d'une relativement longue
durée), et l'incapacité qu' a le monde pour entreprendre
les modifications significatives de son style de vie. Pourtant la déplétion
du pétrole nous atteindra plus brutalement et plus rapidement,
et les changements qui devront être faits seront bien plus durs
et plus coûteux.
Comme exemple, ces deux petites mesures (l'une pour les
USA, l'autre
pour le Royaume-Uni) qui représenteraient un petit pas vers la
survie. Aucune n'est particulièrement douloureuse – et même
au Royaume-Uni cette action serait profitable. Mais pouvez-vous imaginer
ces mesures prendre place tant que nous ne seront pas dans une situation
fâcheuse?
Aux USA, la taxe sur les carburants est doublée. Puisque les
taxes sont actuellement vraiment basses (en comparaison européenne), ça
ne devrait pas être si dur que ça et pourrait faire réfléchir
des gens sur l'achat d'une voiture avec des moteurs ayant un meilleur
rendement.
En Angleterre, la vitesse maximale sur autoroute pourrait être
réduite à 55 mph (env.90 km/h), économisant ainsi
du carburant et apportant des bénéfices pour le pays et
les individus (cela réduirait aussi probablement le nombre de
morts et augmenterait la fluidité).
Pouvez-vous imaginer le président des Etats-Unis ou le Premier
Ministre anglais prendre ces mesures, particulièrement avec une
absence totale de conscience de la déplétion du pétrole?
En réalité, le parti des Conservateurs a statué dernièrement
dans son manifeste:
…nos allons essayer d'augmenter la fluidité du trafic en
augmentant la vitesse maximale à 80 mph (env. 129 km/h) partout
où la sécurité le permet, et appliquer cette mesure
rigoureusement.
Il n'y a que peu de signes indiquant que les gouvernements sont conscients
et/ou qu'ils entreprennent de régler le problème de la
déplétion du pétrole. Le gouvernement anglais a
proposé des plans pour agrandir les aéroports avec la prédiction
insensée que la demande pour les voyages aériens pourrait
tripler, à 500 millions de passagers par an d'ici 2030. A ce moment
là, la production de pétrole aura probablement chuté de
moitié par rapport à la valeur actuelle. Ces aéroports
coûteux, dommageables pour l'environnement seront plutôt
destinés à rester vides, ou remplis d'avions naphtalisés
devenus trop chers pour voler.
En 2003, le gouvernement Travailliste a
radicalement changé sa
politique des transports et décidé de construire plus de
routes au lieu d'affecter des fonds aux transports en commun. A l'observation
de ces signaux, on pourrait croire que les gouvernements s'appendent à une
abondance plutôt qu'à une pénurie de pétrole.
Aussi longtemps que le prix du pétrole ne grimpera pas en flèche
et que nous ne serons pas vraiment conscients du problème, nous
serons incapables de prendre des mesures. Et il sera alors trop tard.
Je
crois qu'il faudra l'émergence d'un vrai leader à la
personnalité énergique pour convaincre les gouvernements
et le public du danger, ou un événement comparable à la
« Grande Puanteur* » pour
pousser les dirigeants à l'action. Quel pourrait être
cet évènement, je ne le sais pas, mais considérant
la situation, je pense qu'il pourrait s'agir d'une autre guerre pour
le pétrole, ou la décision de l'OPEP ne plus livrer de
pétrole à l'Ouest.
Ma Vision du Futur Lointain (au-delà 50 ans)
Ma vision du futur proche est donc pessimiste; une vision d'une crise
du pétrole qui nous touchera durement avec des guerres, des famines
l'environnement décimant radicalement la population. En supposant
que nous puissions éviter une guerre nucléaire, je crois
que le monde va finalement s'assagir. Il a été estimé que,
sans hydrocarbures pour fournir l'énergie et les engrais, l'agriculture
ne pourrait pas nourrir une population supérieure à deux
milliards d'individus. Cette diminution nous ramènerait à un
niveau d'avant le 20ème siècle, mais les perturbations
dans la société et ses infrastructures signifiera probablement
un retour à la Civilisation Pré-industrielle.
La révolution industrielle demandait donc une société organisée,
stable et pacifique ainsi que du bois et du charbon en abondance. Après
le crash, nous nous rendrons compte que les forêts sont limitées
et que le charbon facilement accessible a déjà été exploité.
Sans charbon pour débuter une révolution et sans pétrole
pour la poursuivre, il n'y a certainement pas de chances pour que l'humanité retrouve
un jour les niveaux de population et d'utilisation d'énergie actuels.
Je pense qu'il est probable que, d'ici une centaine d'années,
l'Homo Sapiens vivra dans de petites communautés, se fournissant
pour l'essentiel dans les fermages environnants, comme dans l'Europe
médiévale. Un des avantages qu'ils auront sera bien sûr
la connaissance. Il a fallu des milliers d'années avant de découvrir
la rotation quadriennale des cultures au 18ème siècle en
Angleterre. Cette connaissance est maintenant accessible à chacun
dans une bibliothèque, une librairie ou sur Internet. Alors que
le villageois du Moyen-Âge voyait dans le moulin à vent
quelquechose pour moudre le grain ou pomper de l'eau, nous pourrions
y voir un moyen de produire de l'électricité (bien qu cela
ne suffira pas au-delà de la Récupération).
Avec la lumière et
le chauffage disponible le soir, et des siècles de connaissances
dans des livres, il sera temps de penser au futur, d'évaluer les
solutions et si possible progresser sur des chemins qu'il est difficile
d'imaginer à l'heure actuelle. La vie dans les villages du futur
pourrait être un sujet de science-fiction intéressant. Pour
nos petits-enfants, ce sera la réalité.
*La « Grande Puanteur » Durant des siècles, la Tamise
a été utilisée comme gigantesque égout, entraînant
maladies et des odeurs pestilentielles. En raison des coûts et
inconvénients, le Gouvernement repoussait sans cesse la décision
de résoudre les problèmes de ce système d'égouts.
Puis, en 1858, l'été particulièrement chaud créa
une telle puanteur sur la Tamise que même les Membres du Parlement
en furent affectés, forcés de lever leur séance.
Avec pour résultat que l'argent et la volonté de construire
un système d'égouts moderne fut immédiatement trouvé.
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