Les Guerres pour le Pétrole
« Regardons les choses simplement. La principale différence
entre la Corée du Nord et l'Irak, c'est qu'économiquement
nous n'avions pas le choix pour l'Irak. Le pays nage dans le pétrole. »
Le Secrétaire à la défense des USA, Paul Wolfowitz, à Singapour,
31 mai-1er juin, 2003
« ...Pour des raisons qui ont à voir avec la bureaucratie gouvernementale
américaine, nous avons choisi une menace à laquelle tout
le monde adhère: les armes de destruction massives. »
Paul Wolfowitz, magazine Vanity Fair, mai 2003
Pour moi, une des preuves les plus évidentes que le monde fait
face à une crise pétrolière a été l'attaque
des USA/UK contre l'Irak en 2003 (* voir ci-dessous). Alors qu'on a longtemps
cherché des raisons alternatives pour justifier l'invasion, le
seul but qui résiste à un examen approfondi est celui de
sécuriser les futurs approvisionnements en pétrole. Toutes
les autres raisons – « humanitaire », liens avec Al-Quaïda,
menaces pour le monde, les fameuses armes de destructions massives – ont été réfutées
ou tout au moins présentent de sérieux défauts.
Production de l'OPEP Contre le Reste du Monde
Comme le tableau W1 le montre, il ne reste que peu de temps (autour
de 2010) pour que plus de 50% de la production mondiale de pétrole
ne provienne des pays de l'OPEP. (Pour les besoins de ce tableau, tous
les pays du Moyen-Orient font partie de l'OPEP. Lors de conflits futurs,
il sera dur pour n'importe lequel de ces pays de rester neutre)

Le tableau W2 montre les variations de pourcentage entre
les deux principales régions productrices de pétrole et le reste du monde. A
l'avenir, l'ex-Union soviétique deviendra extrêmement importante
puisque, bien que plus petit que l'OPEP/Moyen-Orient, elle sera l'égale
du reste du monde

Ainsi, avec les autres principaux fournisseurs également dans
des régions instables – p.ex. Venezuela, Russie – il
y a de grands risques que les USA soient rançonnés à l'avenir,
particulièrement parce qu'ils utilisent bien plus de pétrole
que n'importe quel autre pays. Il n'est donc pas surprenant que le gouvernement
et les militaires des Etats-Unis pensent à sécuriser l'accès
aux puits du Moyen-Orient.
Mais y a-t-il des preuves de ces soupçons? Oui, et ils ne s'en cachent
pas
« Projet pour un Nouveau Siècle Américain »
Il s'agit d'un groupe de néo-conservateurs particulièrement
influents, avec des intérêts dans le gouvernement des USA
et/ou dans l'industrie du pétrole. Parmi ses membres, ont trouve
Jeb Bush, Dick Cheney, Dan Quayle, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz.
Sur leur site Internet, ils sont très clair au sujet de leurs
positions par rapport aux USA, au monde et au pétrole. (www.newamericancentury.org [en
anglais]).
Le Projet pour un Nouveau Siècle Américain est une organisation éducative à but
non lucratif centrée sur quelques propositions fondamentales:
le leadership de l'Amérique est bon pour l'Amérique et
pour le reste du monde; un tel leadership demande la force militaire,
une diplomatie énergique et un engagement pour le principe moral;
et que trop peu de chefs politiques ont aujourd'hui la carrure pour
ce leadership mondial.
Il n'est pas difficile de trouver leurs positions sur le pétrole
du Moyen-Orient.
En protégeant leurs intérêts dans le Golfe Persique,
les Etats-Unis ont toujours espéré trouver un partenaire
régional: en premier l'Iran, puis l'Irak, puis l'Arabie Saoudite,
chacun à tour de rôle a prouvé son incapacité à assumer
ce job. Heureusement les Saoudiens sont surestimé le danger qu'ils
représentent pour la politique présidentielle. Interdire
aux troupes US l'accès aux bases saoudiennes rendra la guerre
en Irak plus dure, mais ne la stoppera pas. De plus, le remplacement
du régime de Saddam Hussein à Bagdad réduira d'autant
plus l'influence des Saoudiens – le retour du pétrole irakien
sur le marché ne pourra que réduire la capacité des
Saoudiens à imposer les prix du pétrole, et rendra les
bases US là-bas superflues.
25 avril 2002. Mémorandum aux leaders d'opinion; de William
Kristol; sujet: L'Arabioe Soudite
Ou ceci, tiré d'une lettre à Bill Clinton, alors président,
le 26 janvier 1998.
Il faut en plus absolument ajouter que si Saddam acquiert
la capacité de
produire des armes de destruction massives, comme il est certain de la
faire si nous laissons les choses aller, la sécurité des
troupes américaines dans la région, de nos amis et alliés
comme Israël et les pays arabes modérés, et une part
importante de la fourniture mondiale de pétrole s'en trouvera
menacée [mon accentuation]
Depuis plus d'une décennie les USA ont eu une présence
militaire en Arabie Saoudite, ostensiblement pour protéger ce
pays contre l'Irak. Il avait été annoncé que, une
fois la guerre en Irak « terminée », les troupes seraient
retirées.
RHIAD, Arabie Saoudite. Les Etats-Unis ont annoncé mardi qu'ils
voulaient retirer toutes les troupes combattantes d'Arabie Saoudite cet été,
mettant ainsi fin à plus d'une décennie d'opération
militaire dans ce pays stratégique du Moyen-Orient.
Le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld et
son homologue saoudien le Prince Sultan bin Abdulaziz, ont affirmé dans
une conférence de presse que la fin de la guerre en Irak et
la chute du régime de Saddam Hussein signifiaient la fin de
présence
militaire américaine. Il ne restera qu'un léger programme
de formation militaire… Déjà avant l'annonce de
mardi, les forces américaines en Arabie Saoudite, qui avaient
doublé pour
atteindre 10.000 hommes durant la guerre, ont commencé le démantèlement
des bases tentaculaires du désert utilisées par les avions
de guerre des Etats-Unis depuis 1991 pour patrouiller dans la zone
d'exclusion aérienne du sud de l'Irak.
La présence des forces américaines depuis la Guerre du
Golf de 1991 était un problème litigieux en Arabie Saoudite
et a alimenté le terrorisme d'Oussama Ben Laden. Le chef d'Al-Quaïda,
natif d'Arabie Saoudite, avait appelé au retrait des troupes « d'infidèles » Américains
du pays des deux lieux les plus sacrés de l'Islam.
Les tensions entre les deux alliés se sont accrues peu après
l'ouverture du centre des opérations aérienne en 2001,
juste avant les attaques du 11 septembre. Durant les premiers jours de
la campagne d'Afghanistan, Les Saoudiens n'ont pas autorisé le
survol de leur espace aérien par les avions de guerre américains,
avait rapporté un officiel américain. Le problème
a été rapidement résolu, mais le délai est
resté en travers de la gorge des généraux américains.
Le gouvernement saoudien a empêché les Etats-Unis de lancer
des frappes aériennes contre l'Afghanistan ou l'Irak de la Base
Aérienne du Prince Sultan. Une des raisons qui ont poussé le
Pentagone à construire le centre de commandement au Qatar était
la crainte des officiels de voir les Saoudiens nous interdire leurs
sites durant la guerre en Irak.
30 avril, 2003. International Herald Tribune
L'Arabie
Saoudite est un pays vraiment instable, avec 42% de sa population en
dessous de 15 ans (Factbook CIA) et un revenu par tête en chute
de $28.000 en 1980 à $10.500 aujourd'hui. Il y a beaucoup de troubles
et il est notable que Oussama Ben Laden et quinze des dix-neuf pirates
de l'air du 11 septembre provenaient de ce pays. Ca n'était pas
une base idéale pour les forces américaines, mais plutôt
la moins pire.
Il est probable que les militaires et le gouvernement américain
ont vu dans les atrocités du 11 septembre le prétexte dont
ils avaient besoin pour attaquer et déposer Saddam hussein. Ils
ne doutaient pas qu'ils allaient défaire facilement son armée
(ce qu'ils ont fait) et établir un gouvernement de marionnettes
qui « demanderait » aux militaires américains de rester
pour maintenir l'ordre, assurant ainsi une base militaire pour de futures
opérations. Malheureusement pour eux, le peuple irakien ne voit
pas l'occupation d'un bon œil et le pays est en train de se transformer
en Vietnam, mais un Vietnam que la maison Blanche ne peut pas se permettre
d'abandonner.
Considérant la résistance qui a suivi l'invasion de l'Irak,
une des possibilités serait la « balkanisation », c'est à dire
la division en trois nouveaux pays. Au Nord, le Kurdistan, au sud la
région des Chiites (Chiitistan?) et les Sunnites restant recevraient
un nouvel Irak plus petit. Le Kurdistan et le Chiitistan pourraient permettre
ou demander aux USA de rester pour « maintenir la paix ». Donc
le gouvernement US aurait des forces militaires en permanence au Moyen-Orient,
proche des champs pétroliers de l'(ancien) Irak. Leur espoir serait
alors que le nouvel Irak des Sunnites cesserait les attaques contre les
militaires américains.

Les preuves que les Américains ont l'intention de rester longtemps
en Irak sont nombreuses, tel que ce reportage du Daily Telegrapph du
31 janvier 2004:
L'Amérique a l'intention d'établir une
ambassade de 3.000 personnes, la plus grande de toutes ses représentations,
a révélé hier le secrétaire d'état
Colin Powell. Il s'agit là d'une partie des décisions
importantes et urgentes pour ancrer la présence des USA en Irak
après
l'occupation. Cette ambassade géante exercera une influence
considérable
sur le nouvel Irak, notamment parce que Washington espère maintenir
une garnison de plus de 100.000 hommes dans le pays, même une
fois l'occupation officiellement terminée.
Les preuves de ces opinions viendront dans le futur. Si
les USA retirent leurs forces militaires d'Irak (non-pas seulement le
transfert du pouvoir
aux Irakiens) ou transfèrent le maintien de la sécurité aux
Nations Unies ou à une coalition Arabe, cela supposera que j'ai
eu tort et que l'invasion de l'Irak avait d'autres raisons. Mais si le
pays est divisé ou que les Américains restent malgré les
pertes et l'hostilité du peuple irakien, alors…
Les Futures Guerres du Pétrole
Il n'est pas inhabituel pour un pays d'entrer en guerre pour s'assurer
d'un bien dont il a besoin et ne dispose pas. Il semblerait que nous
ayons eu deux guerres du pétrole contemporaines (y' a t'il quelqu'un
qui doute que les USA et l'Europe auraient eu le courage de libérer
le Koweït, ou l'Irak de l'envahir, s'il ne disposait pas des sixièmes
(d'après les statistiques) plus grandes réserves de pétrole?)
Il est probable qu'il y aura beaucoup d'autres guerres dans les décennies à venir.
Les USA ont démontré leur volonté et capacité d'attaquer
d'autres pays pour leurs propres intérêts et il est peu
probable qu'ils y renoncent si leur élément vital est
menacé. L'Europe, la Russie et la Chine ont plutôt décidé de
ne pas intervenir, et s'installent eux-mêmes doucement dans leur
déclin.

Mêmes si les pays de l'OPEP vouaient être « justes » et répartir équitablement le pétrole quand la production
déclinera, les plus gros consommateurs devront faire face aux
pénuries et prix élevés. Est-ce que les dirigeants
américains ou chinois vont rester les bras croisés face
aux augmentations de prix et troubles intérieurs, ou vont-ils
utiliser la force militaire, peut-être sous prétexte de
menaces terroristes ou d'instabilité? Notre croissance de la dernière
moitié du vingtième siècle s'est appuyée
sur une guerre économique et de pouvoir entre les principaux pays,
oubliant les millénaires de conflits quasi-perpétuels.
Les guerres du vingt-et-unième siècle pourraient être
le premier signe d'un retour en arrière vers un mode de vie « historique »,
une régression de la civilisation.
Note: Il existe des arguments pour affirmer que la guerre en Afghanistan
est une guerre pour le pétrole. Ben Laden et la majorité des
pirates du 11 septembre venaient d'Arabie Saoudite, mais les USA ont
quand'même attaqué l'Afghanistan et non-pas ce pays. En
outre, l'Afghanistan se situe entre les deux principales régions
productrices – Le Moyen-Orient et la Mer Caspienne. Un endroit
très commode pour baser ses troupes.
* Il existe actuellement deux raisons pour lesquelles les USA voudraient envahir
l'irak. L'une est la peur de la déplétion du pétrole
en soit et l'autre est la peur de la proportion croissante de production
OPEP/reste du monde. Comme le tableau W1 le montre, d'ici peu de temps plus
de la moitié du pétrole proviendra du Moyen-Orient, et c'est
ce que redoutent les USA – une dépendance envers les gouvernements
arabes plutôt qu'une perte désastreuse de pétrole en
général.
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